Rock en Seine 2018 : l'édition de la diversité

© Victor Picon/DR

Clara Lemaire

27 août 2018

Cette année encore, Rock en Seine a réussi sa mission : attirer les amoureux de musique pour trois jours de festivités. Pour cette nouvelle édition, un seul mot d’ordre est à retenir : diversité. Et pas des moindres, puisque Thirty Seconds To Mars et Liam Gallagher ont côtoyé Die Antwoord, Charlotte Gainsbourg, Mike Shinoda, PNL, Justice ou bien encore la dernière sensation du rap américain, Post Malone.

 

Un pari risqué, qui s’est ressenti sur le taux de fréquentation puisque "seulement" 90 000 visiteurs – contre 115 000 l’an passé – se sont rassemblés au Parc Saint-Cloud. L’édition est visiblement transitoire, et permet désormais au festival de viser une cible plus jeune et de toucher un autre public, hors des sentiers du rock. Une toute nouvelle direction dans la programmation qui peut se comprendre avec l’arrivée en Essonne du Download Festival, qui accapare la plupart des groupes heavy que l’on avait l’habitude de voir fin août à Paris. Malgré tout, Rock en Seine a répondu une nouvelle fois à nos attentes : bonne musique, découvertes, fête et partage étaient au rendez-vous. Récap de notre week-end et de tous nos coups de cœur !

© Zélie Noreda/DR

Des grosses pointures

 

L’un des points forts de Rock en Seine, c’est sans aucun doute ses têtes d’affiches. Même si cette année, les rockeurs purs et durs ont été légèrement desservis. La première surprise, c’était bien évidemment la programmation de PNL pour clôturer la soirée du vendredi. Un choix osé et surprenant, qui n’a pas fait l’unanimité auprès des festivaliers. D’ordinaire curieux, ces derniers ont préféré déserter la grande scène après le concert de Parcels, laissant la fosse de Rock en Seine quasi vide dans une ambiance inhabituellement morose… Un gros flop pour les rappeurs qui n’étaient clairement pas la cible du festival.

 

À la place, on aurait plutôt vu un Mike Shinoda terminer la soirée en beauté. Le frontman de Linkin Park, désormais en solo depuis la disparition tragique de Chester Bennington l'an dernier, est sans hésiter notre coup de cœur de cette première journée. Venu présenter son album "Post Traumatic", il a surtout ému le public jusqu’aux larmes en rendant hommage à son ami avec une version piano-voix de In The End poignante (on vous a mis la vidéo en dessous, préparez vos mouchoirs). Ses autres reprises de Linkin Park, Castle of Glass, Hands Held High, Bleed It Out ou bien encore Papercut, ont rendu les fans complètement fous.

Autre concert très attendu, celui de Thirty Seconds To Mars, emmené par Jared Leto et son frère. Pas intimement convaincues par les derniers albums, un peu trop sirupeux à notre goût, on n’a pu que constater la force du groupe en live. Oubliez la vision du Leto acteur que vous avez. En concert, il se la joue gourou mystique au look christique, cheveux longs, barbe et soutane, mais il faut dire que ça lui va plutôt très bien. L’énergie est dingue et contagieuse. OK, on l’avoue, on aurait bien voulu avoir 15 ans pour monter sur scène lors du final à ses côtés…

C’était également le grand retour de Liam Gallagher au parc Saint-Cloud depuis la rupture fracassante d’Oasis en pleine édition 2009 du festival… Un set efficace certes, mais sans grand intérêt si l’on a déjà vu le Mancunien en concert ces deux dernières années. Il a toutefois enterré la hache de guerre avec Noel en chantant Champagne Supernova, connu comme étant le dernier morceau joué ensemble par les frères Gallagher sur scène…

Dimanche, le public était venu en nombre pour applaudir Macklemore, machine de guerre du rap bien rôdée, et Justice – probablement le duo électro le plus rock de la french touch – qui terminait sa tournée européenne. Un concert de clôture qui a fait honneur à Rock en Seine, avec cette fois une fosse pleine à craquer.

Du rock, du vrai !

 

Ceux qui avaient besoin de leur dose quotidienne de rock ont trouvé leur bonheur grâce aux nombreux "petits" groupes programmés tout au long du week-end. Il aura d’ailleurs été très psychédélique avec, en tête de proue, The Limiñanas, la grosse révélation rock française de cette année, les Australiens perchés de King Gizzard and the Lizard Wizard, la "Famille" Fat White Family, et bien évidemment The Black Angels, qui a clôturé le dimanche avec brio sur la petite scène du bosquet face à Justice. On a également aimé le set de Charlotte Gainsbourg – intime et grandiose – avec une scénographie et des jeux de lumières impressionnants, Cigarettes After Sex, qui nous a plongé dans un état cotonneux mais tellement apaisant, et puis Jessica93, qui n’a pas démérité seul en scène avec sa guitare, sa loop et ses riffs puissants. Clairement addictif.

Une prog défricheuse de talents

 

Comme chaque année, Rock en Seine fait la part belle aux nouveaux talents, et pour le coup on a fait quelques découvertes qui, on l’espère, feront partie du paysage musical de demain. Les Normands de MNNQNS nous ont consumés avec leurs morceaux rageurs, tout comme les Psychotic Monks, jeune groupe francilien qui nous a conquis avec sa déferlante psychédélique, à la fois chaotique et subtilement maîtrisée.

Sur notre podium également, le duo britannique Otzeki, qui a cartonné dimanche après-midi. La clé du succès ? Un chanteur passionné, hurlant ses tripes de façon suave, à la Jim Morrison sur des musiques contagieuses et envoûtantes qui invitent à onduler frénétiquement… Une très grosse claque en live.

Côté rap, les sets du Franco-Anglais Octavian – adoubé par Drake, s’il vous plaît –  et du Parisien PLK (pour PoLaK, en référence à ses origines polonaises) nous ont convaincus. Énergie, puissance et gros charisme des deux côtés, LA recette magique pour laisser une belle empreinte dans les esprits.

 

Enfin, mention spéciale à Nick Murphy (anciennement Chet Faker), qui n’est pas nouveau dans le milieu mais qui venait pour la première fois à Rock en Seine avec son projet solo. C’était beau, c’était chaud et terriblement efficace, à l’image de cette dernière édition du festival !

Copyright des photos live © Christophe Crénel et Olivier Hoffschir / DR

© 2018 WeAreThe80sBabies