"Hybrid Theory" de Linkin Park, l'album qui a bouleversé le metal

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Clara Lemaire

2 août 2018

Souvenez-vous, c’était en 2000. Un groupe originaire de Californie dénommé Linkin Park débarque dans les charts avec un ovni : One step closer. Un single fusion rap metal – ô combien puissant – qui tape dans l’oreille de tous les fans de la nouvelle vague neo. L’album qui en découle, "Hybrid Theory", est un carton plein.

 

Avec des ventes  estimées entre 24 et 27 millions à travers le globe (dont 10 millions rien qu’aux États-Unis), le premier album de LP devient le disque de neo metal le plus vendu au monde. Certifié diamant outre-Atlantique, il parvient à décrocher un double disque d’or en France (200 000 exemplaires à l’époque), ce qui n’est pas trop mal pour un pays qui écoute alors en boucle Ces soirées-là de Yannick – la meilleure vente de singles de l’année, au passage (ne faites pas les innocents). Alors, pourquoi "Hybrid Theory" est-il devenu aussi culte ? On vous explique !

Parce qu’il a modernisé le metal

 

Après la mort de Kurt Cobain en 1994, le grunge passe de mode. Les jeunes délaissent le rock alternatif et  s’identifient à un tout nouveau genre qui fusionne metal et hip hop : le neo metal. Les pionniers, Korn, Deftones ou bien encore Limp Bizkit, en deviennent les stars. Mais lorsque Linkin Park déboule en 2000 avec ses deux frontmen, Chester Bennington, un chanteur à la voix d'or, et Mike Shinoda, qui assure tous les couplets rappés, les fans sont séduits. La musique est percutante.

Mais la botte secrète des Californiens, c’est avant tout leur capacité à construire des mélodies imparables qui restent dans la tête. Des "earworms", comme diraient les Ricains, qui pouvaient souvent faire défaut aux concurrents, bien trop agressifs pour le grand public.

Parce qu’il a popularisé le genre

                      

Demandez à vos parents s’ils connaissent Linkin Park. La réponse sera sans doute oui. Pourquoi ? Parce qu'il a réussi un tour de force : populariser le metal, un genre beaucoup trop pointu à l’époque pour les radios nationales. Dans ce premier album, les singles sont tous devenus des tubes : One Step Closer, Papercut, Points of Authority, mais surtout In The End, numéro 2 au Billboard américain et Crawling, qui a remporté un Grammy Award de la Meilleure performance Hard Rock en 2002.

Le début des années 2000 est d’ailleurs l’apogée du neo metal, avec – entre autres – le carton de Limp Bizkit, Take A Look Around, choisi pour la BO de Misson Impossible 2, et dont le clip était diffusé en boucle sur M6. Contesté par tous les puritains du metal en raison de son succès dans les charts et de ses trop nombreuses influences musicales, le neo devient malgré tout un véritable phénomène commercial et touche un tout nouveau public.

Parce que c’est un album utile, avec de vrais messages

 

Si l’on accroche instantanément à la musique grâce à son efficacité, on ne peut pas rester insensible au contenu des paroles qui expriment tout le mal-être de Chester Bennington. Sa dépendance à la drogue (By Myself) et la paranoia qui en résulte (Papercut), la perte d’estime de soi et les violences conjugales (Crawling), les abus sexuels dont il a été victime plus jeune (Points of Authoriy), les relations d’amour compliquées (In The End, Pushing Me Away), la manipulation (A Place For My Head) ou bien encore l’exaspération (One Step Closer).

 

Un album cathartique, tant pour Bennington que pour ses fans - souvent ados - qui se sont instantanément reconnus dans ses paroles. En témoignent les nombreux messages postés sur les réseaux sociaux après son suicide, le 20 juillet 2017, le remerciant d’avoir été là pour les aider à traverser les périodes les plus difficiles de leur vie.

Parce qu’il a créé des ponts musicaux entre les styles

 

Deux ans après "Hybrid Theory", au lieu de sortir un deuxième disque, Linkin Park préfère balancer un album de remix, "Reanimation", rebooté avec quelques-uns des rockeurs les plus en vogue du moment. Jonathan Davis (Korn), Aaron Lewis (Staind), Stephen Carpenter (Deftones), Jay Gordon (ORGY), mais aussi de nombreux artistes hip hop comme The Alchemist, Chali 2na (Jurassic  5) ou bien encore Aceyalone, digne représentant de la West Coast underground. Un opus qui déroute un peu les fans, mais qui donne le ton : les Californiens ne veulent pas s’enfermer dans un style qui, par ailleurs, peut vite s’essouffler. Sur "Hybrid Theory", Cure For The Itch, le titre solo du DJ Joe Han entièrement scratché, et la  b-side My December, aux sonorités soft rock, en étaient les premiers indices.

Plus tard, en 2004, c’est en collaborant avec Jay Z qu’ils surprendront le public en sortant un nouveau Maxi, "Collison Course", basé sur le principe du mash-up. Banco, ils squatteront à nouveau les charts avec les titres In The End/Izzo et Numb/Encore, extrêmement bien produits. On voit ensuite LP travailler avec les DJ électro Steve Aoki, Enferno ou bien encore les Français de Dirtyphonics sur "Recharged" en 2013.

Enfin, leur dernier album, "One More Light", est la preuve même de l’ouverture musicale du groupe. Beaucoup plus rock alternatif – voire carrément pop – que metal, il explore une toute nouvelle facette de leur univers. Un album plus lumineux musicalement parlant, mais toujours aussi poignant puisque Bennington y exprime encore une fois très largement sa détresse. Bien différent de "Hybrid Theory", il en est pourtant son digne héritier, tant par son intensité que par sa capacité à dérouter, surprendre et innover. Des maîtres-mots que Linkin Park a réussi à imposer dès son premier disque, et qui n'auront jamais quitté le groupe au fil du temps.

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