JESSICA93 : "Sur les réseaux sociaux on a l'impression d'être dans un PMU"

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Clara Lemaire

26 septembre 2018

Juste avant la rentrée, nous avons eu l’occasion de discuter avec Geoffroy Laporte alias JESSICA93, de passage à Rock en Seine pour la sortie de son 4e album "Guilty Species". Un LP addictif, toujours aussi brut de décoffrage, enregistré cette fois sur bande et accompagné d’un groupe. Une petite révolution pour ce solitaire qui travaillait jusqu’alors sur Pro Tool. Rencontre !

 

 

Sur ton nouvel album tu es passé en analogique, et - surprise ! - il n'y a plus aucun effet sur ta voix. Tu t'assumes plus en tant que chanteur aujourd'hui ?

 

Peut-être. Avec l'analogique, c'est vrai qu'on peut moins cacher les choses. Mais je pense que ça faisait longtemps que j'étais prêt à enregistrer sur bande. C'est juste que je n'avais pas le matériel.

 

Est-ce que ça t'a fait flipper de changer de méthode ?

 

Non pas du tout au contraire, ça m'a plutôt excité de faire ça. C'était un peu comme avoir un nouveau jouet. J'avais envie d'avoir ce rendu depuis longtemps, car quand tu écoutes le résultat c'est tout de suite évident et j'adore ça.

 

Oui, ça correspond d'ailleurs plus à ta musique, c'est quelque chose de brut et d'instantané...

 

Ouais, c'est tout à fait ça. Sur Pro Tools t'es toujours obligé de bidouiller. Là, il n'y a plus trop ce bidouillage. C'est plutôt en amont que je fais ça. C'est une façon de travailler différente et c'est carrément plus intéressant.

Pourquoi chanter à la fois en anglais et en français sur tes albums ?

 

Ça dépend vraiment de l'état d'esprit dans lequel je suis. J'ai d'abord commencé à chanter en français, et puis après j'ai eu une copine à qui je parlais en anglais, donc c'est devenu plus naturel pour moi. Je ne peux pas prédire à chaque disque s'il sera en français ou en anglais, ça vient naturellement. Mais j'ai quand même une tendance à préférer chanter en anglais.

Ton album s'appelle "Guilty Species", fais-tu partie de ces "Espèces Coupables" dont tu parles ?

 

Oh oui, je considère que tout le monde en fait partie ! On est tous coupables de quelque chose. Je pense que l'humanité a toujours été dark et ce n'est pas près de s'arrêter. Je n'ai aucun optimisme à ce propos-là.  À mon avis ça va être de pire en pire avec les réseaux sociaux, quand l'humanité fera vraiment un avec Internet. Ça va devenir de plus en plus fou.

Tu n'es d'ailleurs pas tendre avec les réseaux sociaux dans cet album...

 

Les gens n'ont plus aucune barrière, aucun frein. Ils se laissent complètement aller sur Internet. Sur les réseaux sociaux on a l'impression d'être dans un PMU, ils balancent leur connerie à la face des autres. Le problème c'est que tout le monde est devenu un espèce d'écrivain qui a quelque chose à dire. Il faut toujours qu'ils donnent leur avis. Et comme c'est quelque chose d'écrit, on a l'impression que ça a un sens et du poids, comme si un grand philosophe avait parlé.

En tant qu'artiste c'est quand même utile....

 

J'ai dû mal à communiquer sur les réseaux en général, je le fais très rarement. Je le fais quand on me le demande, mais je ne suis pas le genre d'artiste qui va raconter toute sa journée, prendre ses loges en photo, etc.... J'aime pas trop faire ça. Je sais que je me tire une balle dans le pied, mais bon tant pis.

 

Ça te permet de garder un petite part de mystère ?

 

Non, ça marchait avant ce truc-là, mais ça a complètement changé. Maintenant on est dans une époque où il faut tout montrer. Si tu joues la carte du mystère les gens t'oublient tout de suite. Il faut occuper le terrain. J'ai sorti mon disque il y a un an et on me fait ressentir que c'est déjà une vieillerie.

Tu as une chanson qui s'appelle French Bashing, c'est dur selon toi d'être un artiste français ?

 

C'est un constat sur la manière dont on traite les groupes. Un groupe américain, on lui sort tout de suite le tapis rouge. Le groupe français, lui, à tendance à ne pas se mettre à la hauteur des Américains, il se rabaisse. Ça me fait marrer de parler de ça. Mais ça dépend dans quel pays tu vas. On a été jouer en Russie et là-bas ils te traitent super bien. On sent qu'ils connaissent vraiment ta musique, ils chantent les paroles... Ils sont intéressés. Parfois tu te retrouves en France dans des concerts où les gens ne bougent même pas... Ils sont blasés. Quand tu vas là-bas ça fait plaisir de voir cette fraîcheur.

Tu as grandi à Gagny, qu'est-ce qui t'as mis sur le chemin tortueux du rock ?

 

Ce sont des mecs que j'ai rencontrés qui m'ont fait découvrir le heavy metal et le punk. À 13 ans on m'a fait écouter Adolphe Mon Amour de Gogol Premier, ça m'a fait flipper, mais ça m'a tout de suite attiré ! Quand je l'ai entendu simuler, je me suis dit : "Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ! Il faut absolument que je traîne dans les squats et que j'aille voir ça."  Là où j'ai grandi, on n'était pas nombreux à écouter ça, donc c'était aussi marrant d'arriver au collège avec les cheveux longs et des t-shirts avec des têtes de mort... J'aimais bien aussi porter ce truc d'écouter la musique d'un mec camé qui s'est suicidé. Je trouvais ça glauque comme il faut pour que les gens disent "toi, tu rigoles pas".

 

Justement, tu détestes qu'on te compare à Kurt Cobain, mais c'est quand même une grosse influence !

 

Ah ben ouais c'est clair. Mais après c'est une influence comme plein d'autres groupes. C'est juste pas agréable quand on me dit que je ressemble à Kurt Cobain (rires).

JESSICA93 est actuellement en pourparlers avec un label américain pour sortir un nouvel EP en 2019. Il prépare également une tournée au Québec. À suivre !

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