Interview - Turbonegro : "On a fait passer le groupe à un autre niveau !"

© Jarle H. Moe

Clara Lemaire

27 juin 2018

Programmé samedi 16 juin au Download Festival, Turbonegro était en très grande forme. Un set fun et déluré comme à son habitude, que beaucoup attendaient avec impatience pour se marrer un grand coup. Quelques heures après, nous avons retrouvé Rune Rebellion (guitare rythmique) et Happy-Tom (basse) backstage pour parler de leur dernier album "Rock’n’roll Machine", sorti en février, et de leurs influences. Rencontre.

Pourquoi avoir attendu autant de temps avant de sortir votre dernier album "Rock’n’roll Machine" ?

Rune Rebellion : Parce que le monde n’était pas prêt pour cette grandeur !

Happy-Tom : On voulait être bon. Avant c’était : "Oh on doit sortir un nouvel album parce que nous devons partir en tournée, vendre des t-shirts, blablabla." Beaucoup de bullshit dont les groupes normaux ne veulent pas parler. Mais nous on s’est dit, "Non, fuck that".

Vous avez mis beaucoup d’électronique dans votre dernier album, est-ce que c’est un hommage direct aux 80’s ?

Happy-Tom : Oui. Nous avons un nouveau membre dans le groupe depuis deux ans et c’est un claviériste de génie. Il est très influencé par ce que Van Halen a fait sur son album "1984", tout particulièrement sur les titres Jump et I’ll Wait, une chanson qu’on a tendance à oublier. On a fait passer le groupe à un autre niveau ! (rires) Beaucoup de gens adorent, d'autres détestent, mais c’est là que nous devons être aujourd’hui.

Rune Rebellion : Et c’est un hommage à la musique qui était populaire quand nous avons grandi et que l’on n’écoutait pas. Ça passait à la radio, on l’entendait, mais on était plus dans les trucs hardcore, punk et noisy.

Happy-Tom : Mais c’est plus un hommage aux drogues qu’ils prenaient quand ils enregistraient ces albums ! (rires). Quand tu écoutes la caisse claire et le synthé des 80’s, c’est le son de "la cocaina".

(Ils se mettent à improviser une petite chanson sur l’air de La Cucaracha, en remplaçant le titre par "La Cocaina".)

Quels groupes des 80’s aimez-vous écouter ?

Happy-Tom : J’ai grandi en écoutant Van Halen, Ozzy Osbourne qui a joué hier au Download, Black Sabbath… Dans cet album on rend hommage à notre enfance en fait.

Rune Rebellion : Manfred Mann’s Earth Band.

(Happy-Tom se met à fredonner Davy’s on the road Again.)

Alors, vous devenez mainstream ?

Happy-Tom : Oui, on va se mettre à jouer dans des stades. Avicii est mort, donc il y a une place à prendre ! (rires)

Sacré tournant dans votre carrière ! L’album précédent, "Sexual Harrassement", était quand même plus agressif et très direct…

Happy-Tom : Oui, mais quand on prend "Apocalypse Dudes" par exemple, notre cinquième album sorti en 1999, il y avait déjà des synthés. On a toujours eu des claviers dans le groupe. Tu appelles ça un tournant, j’appelle ça la vie !

Vous parliez des fans tout à l’heure, vous n’avez pas eu peur de les diviser ?

Happy-Tom : À chaque fois qu’on sort une chanson, les fans sont en colère.

Rune Rebellion : Oui. Ça dure pendant deux ou trois ans. Puis après ça, les mêmes personnes l'aime !

Happy-Tom : Ce sont les fans allemands. Ils disent : "Le dernier album, je l’ai détesté." Et puis quand on revient deux en plus tard, ils changent d’avis : "Tu te souviens, je t’avais dit que j’avais détesté ? En fait, c’est plutôt bon. Mais le nouvel album, c’est de la merde !"

Qu’en est-il de vos fans français alors ?

Happy-Tom : Nos fans français sont beaucoup plus ouverts.

Rune Rebellion : Oui, mais c’est dur de comprendre ce qu’ils disent. (rires)

Happy-Tom et Rune Rebellion dans les backstages du Download Festival à Paris, le 16 juin 2018. © Jessica Rat / 80's babies

Happy-Tom : D’après le langage corporel, ça a l’air plutôt positif. C’est (en français) : "Ouh la la", "Ouh chanson d’amour"…

Comment avez-vous trouvé le public du Download aujourd’hui ?

Rune Rebellion : Il était super. Mais je pense que la France est le dernier pays encore debout en matière de rock, c’est pour ça.

Vous connaissez des groupes de rock français ?

Rune Rebellion : Johnny Hallyday ? (rires)

Happy-Tom : Je connais Métal Urbain, j’aime beaucoup Phoenix. Ils nous ont d’ailleurs demandé il y a quelques années de faire un remix d’une de leurs chansons, mais on n’a pas pu le faire. Parce qu’on n’aime plus l’industrie de la musique. (rires)

Vous aimez vous déguiser, vos chansons sont fun, dansantes, avec des paroles très drôles, mais toujours avec de gros riffs bien lourds… Est-ce que vous recherchez une sorte de dualité dans votre musique ?

Rune Rebellion : Belle approche de notre travail. Faire du rock, c’est s’amuser, passer un bon moment, mais c’est aussi parler de la vraie vie.

Happy-Tom : Notre image est aujourd’hui hors de contrôle. Il n’y a pas eu de concept depuis des années. C’est juste des conneries qu’on a inventées. On s’est juste dit : "Oh je vais être un marin, je vais être un fermier, et moi un flic… " Il n’y a aucun plan. Et je pense qu’il y a une certaine forme d’art en ça. À ce moment précis, en 2018, on est le groupe le moins conceptuel du monde. On est faibles. Et peut-être que c’est une bonne chose.

Rune Rebellion : Faibles, et fier de l’être !

Happy-Tom : On va faire une parade de la faiblesse. On l’appellera la Weak Pride. (rires) On met du maquillage depuis 25 ans, et tout le monde s’en fout maintenant. C’était drôle les deux premières semaines en 1995, mais ça fait des années que ça ne l’est plus.

Ça ne vous amuse plus aujourd’hui ?

Happy-Tom : En fait, cette dégradation de soi est devenue une sorte de rituel. Mais bon on passe du bon temps. Je ne peux pas me plaindre !

Qu’est-ce que vous préférez dans le live ?

Happy-Tom : On fait ça depuis tellement d’années maintenant. C’est très bizarre de monter sur scène parce qu’on n'est pas du tout les mêmes dans la vraie vie.

Rune Rebellion : C’est différent à chaque fois. On a encore le trac avant de monter sur scène.

Que faites-vous pour y remédier ?

Happy-Tom : On prend de la drogue. (rires) Non, c’est faux !  Je n’ai pas touché à la drogue depuis août 2004. Je suis clean et sobre depuis 14 ans.

Rune Rebellion : Dieu merci !

Auriez-vous une anecdote amusante de concert à nous partager ?

Happy-Tom : Un truc qui m’a fait marrer : au Hellfest j’ai vu Jerry Only des Misfits, il portait son costume et son maquillage toute la journée pour choper des filles. C’est super bizarre, tu le vois se balader comme ça… Imagine, pendant huit heures à claquer des "Comment ça va ?" à la manière des Sopranos parce qu’il vient du New Jersey. C’est fou. Il fait clairement ça dans le but d’être reconnu.

Rune Rebellion : Mais ça c’est plus un avertissement qu’une anecdote ! (rires)

C’est un truc que vous pourriez faire ?

Happy-Tom : Une fois je parlais avec un ami et il me disait : "Quand je vous vois hors scène vous êtes des mecs super chiants avec vos petites vestes.", Et je lui ai répondu : "La différence entre toi et moi, c’est que lorsque je sors de scène, j’enlève mon costume. Parce que la vie est une scène mais, il y a différentes scènes dans la vie…."

Rune Rebellion (impressionné) : Ouuuuh…

Retrouvez notre report du Download Festival 2018 ICI avec des photos du set de Turbonegro !

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