Interview : De Staat

 "Les Français ont des couilles !"

©DR

Clara Lemaire

22 février 2019

De passage à La Maroquinerie le 14 février dernier pour défendre leur nouvel album “Bubble Gum” (une petite bombe atomique), Torre Florim et Rocco Bell - les deux chanteurs de De Staat - se sont prêtés à notre “Interview Pioche” en tirant nos questions au hasard. Rencontre.

 

D'où venez-vous et qu'y a-t-il de cool à propos de votre ville ?

 

Torre Florim : On vient de Nimègue en Hollande, près de la frontière allemande. C'est une ville étudiante donc ce n'est ni trop grand ni trop petit. C'est parfait pour un groupe, car quand on rentre de tournée, on est au calme et on a la paix. Mais si on veut sortir, on peut aussi. Une ville comme Amsterdam est bien trop mouvementée pour nous.

 

Comment avez vous choisi le nom de votre groupe ?

 

Torre Florim : ça veut dire "L'État". J'ai entendu une œuvre très moderne de Louis Andriessen, un compositeur de musique classique néerlandais, qui s'appelait De Staat. J'ai tout de suite pensé que c'était un nom de groupe cool. L'État, c’est quelque chose de sérieux à première vue, mais c'est aussi l'état dans lequel tu te trouves, ton état d'esprit... Si tu choisis le nom d'un groupe, il doit soit être très simple, soit très précis.

 

Si vous pouviez choisir un artiste pour jouer avec vous sur scène ?

 

Torre Florim : Je dirais St. Vincent. Je pense que ça pourrait être sympa. Ou David Byrne. Ou si on pouvait être les musiciens des Beastie Boys, ça serait génial.

Rocco Bell : Ou Johnny Hallyday ! Il est mort non ?

 

80's Babies : Oui ! Comment tu connais Johnny, Rocco ?

 

Rocco Bell : Quand j'étais petit je suis venu en France en vacances pour faire du camping dans la campagne profonde et, partout où on allait, il y avait du Johnny Hallyday. Des énormes panneaux publicitaires etc. Je me disais : "Mais qui est ce putain de mec ?

 

80's Babies : Pour simplifier, on dit souvent que c'est notre version française d'Elvis...

 

Rocco Bell : Oh OK, oui. Vous avez une version française pour tout de toute façon ! (rires)

 

Quelles sont vos influences musicales ?

 

Rocco Bell : Nous sommes cinq dans le groupe et nous avons tous des antécédents et des goûts musicaux différents...

 

Torre Florim : Et des personnalités différentes aussi. On aime bien dire qu'on est comme les Spice Girls. (Il parle à Rocco) Toi tu es Scary Spice, et moi je suis Posh Spice ! (rires)

Rocco Bell : On aime tous les Beastie Boys,. On essaye de reproduire certaines choses qu'ils font, comme quand ils rappent ensemble.

Torre Florim : Oui, on fait du rock évidemment, mais la façon dont on chante est très inspirée par eux et par la variété de leur son. Leur album “Hello Nasty”, c'est du hip hop mais il y a aussi de la bossa nova, du rock. Ils s'en fichent. C'est le groupe que l'on veut être. Juste un groupe qui s'amuse, qui essaye d'être inspiré et qui ne se prend pas trop au sérieux.

Rocco Bell : L'électro aussi a une grande influence.

80's Babies : Oui, sur cet album en particulier on ressent vraiment le côté EDM. Certaines chansons comme Mona Lisa ou Kitty Kitty font penser à des groupes comme Battles ou Soulwax...

 

Rocco Bell : Oui, complètement !

 

Torre Florim : Ouais, j'ai vu les mecs de Battles jouer en live un jour, et c'était dingue ! C'était très intense.

 

Rocco Bell : On est des mecs modernes, on est éclectiques. Et on a internet aussi (rires) ! C'est marrant de montrer tes goûts à travers ta musique.

De quoi aimez-vous parler dans vos chansons ?

 

Torre Florim : "Bubblegum" est basé sur le sentiment de se sentir dans une bulle. La première chanson que l'on a faite pour cet album était Kitty Kitty, qui s'inspire de mon obsession pour la dernière campagne présidentielle américaine. Deux différentes bulles qui pensaient détenir chacune la vérité. Toutes les chansons sont sur le même thème, mais à des niveaux différents, personnels ou sociaux. Je me suis concentré sur toutes ces réalités, et je me suis demandé ce qui était vrai, ce qui était faux, ce qui n'avait pas d'importance…

80's Babies : Comment est-ce que vous arrivez à trouver l'équilibre entre les chansons "sérieuses" comme Kitty Kitty qui parle de politique, et les choses plus légères comme Pikachu par exemple ?

 

Torre Florim : Ce n’est pas très difficile. Tous les sujets dont je suis obsédé se transforment en chanson tôt ou tard. Ce sont tous les différents côtés de ma personnalité. Parfois c'est très léger, parfois très drôle, ou plus agressif. Parfois c'est sombre et mélancolique. C'est pour ça que "Bubble Gum" est un album très riche.

La chanson que vous écoutez en boucle en ce moment ?

 

Rocco Bell : Cheri Cheri Lady de Modern Talking. On mangeait dans un resto Chinois à Nottingham, et tout d'un coup cette chanson très 80's est arrivée à la radio. J'arrête pas de la chanter depuis.

 

Torre Florim : Je n'écoute rien quand je suis en tournée. J'aime rester frais juste avant de rentrer sur scène. Je préfère qu’aucun son ne rentre dans mes oreilles pour que notre musique frappe encore plus le public.
 

Votre album préféré de tous les temps ?

Torre Florim : J'aime vraiment “Greatest Hits” de Queen. Quand j'étais petit, c'était vraiment mon album préféré. Il y a beaucoup de chansons différentes, de très bonnes, mais aussi de très compliquées. Mais ne me parle pas de Bohemian Rhapsody ou We Are The Champions, on les a trop entendues !

80's Babies : Oui, je trouve aussi. Surtout ici, depuis qu’on est devenus Champions du monde pour la deuxième fois !

 

Rocco Bell : (Rires) Ne remue pas le couteau dans la plaie ! On était même pas à la Coupe du Monde. Merde ! Pour ma part, je dirais "XO" d'Elliott Smith. C'est un album émouvant et j'en suis tombé amoureux le moment où je l'ai entendu. Il est allé droit dans (il parle français) "mon cœur" !

Les posters que vous aviez dans votre chambre étant ado ?

 

Torre Florim : Les Vengaboys. Je découpais toutes les images que je pouvais trouver dans les magazines.

 

Rocco Bell : J'avais un poster de Korn, de Pamela Anderson et de Kurt Cobain où il y avait marqué "I hate myself and I want to die" ("Je me déteste et je veux mourir", ndlr.). Ma mère ne l'aimait pas tellement (rires), c'était un peu inquiétant pour elle.

Votre rituel avant de monter sur scène ?

Torre Florim : Je fais beaucoup de vocalises. On joue cinq concerts d'affilée, avant d’avoir un jour de congé. Donc je dois être perfectionniste pour être le meilleur chanteur qui soit. Je fais attention à ma voix, je ne bois pas, je mange sainement et j'essaye de dormir assez, ce qui n'est pas toujours facile quand on est en tournée… J'aime cette sensation de vide avant la plénitude du show. Quand il n'y a rien dans ta tête, tu peux la remplir de joie une fois sur scène ! (rires)

 

Rocco Bell : On a des personnalités très différentes lui et moi. Ces temps-ci j'aime bien boire un petit cidre avant de monter sur scène. Je m'en fiche un peu de me sentir frais, j'aime bien me sentir.... (Il réfléchit)

 

Torre Florim : Intoxiqué (rires)

 

Rocco Bell : J'aime être bien. Et parfois ça m'aide un peu de boire un verre juste avant le concert. Ce n'est pas nécessaire - j'ai appris ça au fil des années - car ça ne veut pas dire que tu vas faire un bon show. J'aime juste être dans la même ambiance que les gens dans la salle. Mais on ne fait aucun cris de guerre ou de câlins par exemple.

 

80's Babies : Ce soir c'est la Saint-Valentin, vous devriez faire quelque chose de spécial !

 

Rocco Bell : Oui, peut-être qu'aujourd'hui on devrait se faire un câlin ou s'embrasser ? (Il regarde Torre qui s'approche, et l'embrasse sur la bouche. Tous deux éclatent de rire) Je me sens frais maintenant !

 

Comment trouvez-vous le public en France ?

 

Rocco Bell : Hier...

 

Torre Florim : "Yesterday, (Il le coupe pour chanter la chanson des Beatles, Rocco le suit) all my troubles seemed so far away..." On n'a pas une idée claire du public français, parce qu'au final on n'est pas venu jouer beaucoup. Mais la plupart des gens sont vraiment cool, car ils aiment s’amuser et danser.

80's Babies : On est parfois perçus par les étrangers comme pas n’étant très polis voire vulgaires... Vous confirmez ?

 

Torre Florim : Je ne dirais pas "vulgaires", mais vous avez des couilles, ça c'est sûr !

 

Rocco Bell : Ouais, les Français ont confiance en eux ! On le sait, on fait avec (rires). Mais partout où on va, les gens sont super contents de nous voir et ils nous suivent apparemment depuis un bout de temps. Donc c'est un sentiment génial de se sentir bienvenus. Il y a des gens un peu fous ou difficiles, mais d'un autre côté, il y a toujours des gens adorables.

 

Torre Florim : On est encore très underground ici, donc les foules ne sont pas immenses, mais elles sont toujours à fond dedans. Pour moi c'est mieux qu'une grande salle avec des gens qui s'en foutent. Sur cette tournée, c'est hallucinant de voir que les fans connaissent déjà nos nouveaux titres et les chantent par cœur avec nous.

Racontez-nous une anecdote marrante...

 

Torre Florim  : J'en ai une ! Il y a deux ans on jouait à Glasgow, et au milieu du concert, un mec s’est mis à genoux pour demander sa copine en mariage entre deux chansons. Elle a mis tellement de temps à répondre ! Les gens autour étaient tous là : "Oh non !" Et puis finalement elle a dit "Oui". Mais c'était très bizarre, je ne savais pas comment gérer ça, ils avaient un peu pris le concert en otage. Après ça, ils se sont vraiment bourrés la gueule...

Rocco Bell : Bourrés, mais en mode Écossais, tu vois le truc ? (rires)

 

Torre Florim : Ouais, ils se sont carrément fait jeter du club. On les as vus après le concert, dans une petite allée où on chargeait notre camion, en train de vomir dans la rue...

 

Rocco Bell : La fille s'en mettait plein les cheveux, c'était terrible.

 

Torre Florim : Et deux ans plus tard - la semaine dernière - on était encore à Glasgow, au même endroit. Et dans la foule, il y avait ce couple ! Le mec lève la main. Et je lui demande : "Est-ce que vous êtes toujours mariés ?" Il a répondu : "Non, elle s'est tapée mon meilleur ami !" (rires général) Véridique !

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