Allusinlove : "On veut jouer à Wembley !"

©DR

Clara Lemaire

18 avril 2019

Notre nouveau crush vient de Leeds et s’appelle Allusinlove. Après quelques années sous le nom d’Allusondrugs, les Anglais s’offrent un nouveau départ et viennent de publier un album live, avant l’arrivée de leur premier LP en juin prochain. Rencontre avec les bien trop charmants Jason Moules (chant/guitare) et Connor Fisher-Atack (batterie).


 

Pendant six ans, vous avez été Allusondrugs. Pourquoi avoir décidé de changer votre nom ?

 

Jason Moules : L'argent ? Et les visas sur le passeport (rires). Allusondrugs n'était pas un mauvais nom, ça a généré pas mal d'intérêt. Mais pourquoi se restreindre ? Quand on essayait de booker des concerts au tout début, on nous disait : "Désolé les gars, on ne fait pas dans la drogue." Nous, on veut jouer à Wembley ! On veut que notre musique soit écoutée et se mettre des barrières juste à cause de la connotation d'un mot, c'est débile. Maintenant les gens vont nous regarder d'une façon différente, et ils seront certainement plus ouverts.

 

Comment vos fans ont-ils réagi ?

Connor Fisher-Atack : Très bien, parce qu’on donnait déjà des indices qu'on allait changer de nom. On l’utilisait déjà pas mal sur nos réseaux sociaux, donc les gens savaient déjà plus ou moins qu'on allait aller dans cette direction.

 

Jason Moules : Oui, il n'y avait pas de secret, ça n'a pas été un choc.

 

Pourquoi avoir choisi de sortir un album live avant votre premier LP ?

 

Connor Fisher-Atack : Parce qu'on veut vous faire languir !

 

Jason Moules : L’écriture de toutes nos chansons débute avec nous quatre, live, dans une pièce. C’est quelque chose d’authentique, on ne met pas d’auto-tune. Et sans mentir, on est l'un des meilleurs groupes live que tu n'as jamais vu. Si tu viens nous voir douze jours d'affilée, tu vas ressentir quelque chose de différent à chaque fois. C'est pour ça qu'on voulait sortir un album live avant.

 

Vous avez travaillé avec Alan Moulder sur votre premier album. Qu’est-ce que ça fait de collaborer avec une telle légende ?

 

Connor Fisher-Atack : C'était fou !

 

Jason Moules : Tes albums préférés ont été produits par ce mec, pas vrai ?

 

Oui ! J’adore ses productions avec Nine Inch Nails par exemple...

 

Jason Moules : Je suis fan aussi...

Connor Fisher-Atack  : Tu regardes à travers la vitre et là, y'a Alan Moulder qui te fixe intensément… (rires)

 

Jason Moules :  Les gens avec qui nous avons fait notre album sont des légendes qui ont travaillé sur les meilleurs albums de ces 20 dernières années. Juste d'être dans une pièce avec eux... de parler de ta musique, de voir ce qui peut la rendre meilleure, c’était dingue. J'étais soûl pendant tout le temps de l'enregistrement. Mais d'une bonne manière ! Pas bourré, juste joyeux comme un sale gosse hyperactif, c'était génial. Alan Moulder et Katherine Marks (qui a co-produit l’album, ndlr.) traitent tout le monde de la même façon, ils n'ont pas un ego démesuré et c'est rafraîchissant.

 

Connor Fisher-Atack : C'est album est béni par des gens qui en ont quelque chose à faire et qui veulent que tu réussisses tout autant que toi-même. Savoir que quelqu'un apprécie autant ce que tu fais et met autant de temps et d'effort pour que ça marche, c'est réconfortant.

De quoi aimez-vous parler dans vos chansons ?

 

Connor Fisher-Atack : De tout, de l'amour...


Jason Moules : Le sexe, les regrets, des souvenirs, des choses que tout le monde vit... Parfois, ce sont  juste des pensées. J'aime me faire des scénarios dans la tête. Un peu comme Kate Bush qui fait des chansons sur des gens qui n'existent pas. Beaucoup de musiques viennent de la douleur et des chagrins. Mais parler de ses propres maux peut être trop dur à porter… Donc si tu le projettes sur quelqu'un qui n'est pas vivant, c'est plus facile.

Vous écrivez tous dans le groupe ?

 

Jason Moules : On écrit ensemble parfois, oui. J'écris la plupart des chansons en termes de mots et de mélodies et les autres écrivent leurs propres parties. On discute des arrangements. Parfois je peux avoir une idée basique alors je dois l'expliquer aux autres, mais je ne suis pas bon du tout en explications ! (rires) Mon interprétation peut n'avoir aucun sens pour Connor et Dre (Andrej Pavlovic, guitare, ndlr.) ou Jemal (Jemal Beau Malki, basse, ndlr.), mais ils essayent de capter ce que je dis et de rester ouverts aux suggestions !

 

Votre musique est totalement dans l’esprit grunge des 90’s, quelles sont vos influences ?

 

Jason Moules : Nirvana, Smashing Pumpkins... Mais aussi des groupes comme Deftones ou System of a Down. Leur musique est brute comme le grunge.

 

Connor Fisher-Atack : C’est notre approche. Ils n'ont pas peur de faire les choses que les autres ont peur de faire.

Quels groupes post 2000 écoutez-vous ?

 

Jason Moules : J'adore Perfume Genius, Anna Calvi... C'est un dieu à la guitare ! Son jeu est féroce ! Elle est épatante. Je veux l'épouser (rires). Blood Orange, Warpaint, King Cruel... Tout ce qui est sur le label XL. Greta Van Fleet aussi, les gens balancent tellement de merde sur eux mais ils sont dingues. Je ne peux pas chanter comme ça, et le mec a 20 ans ! Dans 10 ans il va mettre tout le monde à l'amende. Les gens sont tellement négatifs sur eux, mais ils sont bons. Et il est tellement beau aussi ! (rires) Il doit y avoir une couille quelque part c'est pas possible. C'est comme Jeff Buckley. Personne ne devrait savoir jouer de la guitare aussi bien ! C'est pas juste.

 

Peut-être qu'il y a un monstre quand on enlève le masque ?

 

Jason Moules : (Il rit) Un reptile !

 

Lucky You a une mélodie grunge vraiment sublime. Mais la ligne de guitare m'a aussi fait penser à une chanson un peu plus ancienne, How Soon Is Now des Smiths ...

 

Jason Moules : Tu sais quoi ? Je déteste Morrissey et la façon dont il chante. Je pense qu'il est sur-côté. MAIS : c'est ma chanson préférée des Smiths ! C'est fou.

 

Connor Fisher-Atack : Ouais, si tu enlèves le chant et que tu ne gardes que la mélodie, je vois ce que tu veux dire ! Et j'adore jouer cette chanson aussi.

 

Jason Moules : Je ne suis pas fan des Smiths. Mais cette chanson, wow, elle est géniale, tu as raison. Notre morceau a été écrit il y a six ans, c'est le reflet des gens que j'admirais et que je détestais en même temps.

Pourquoi les Anglais détestent autant Morrissey ?

 

Jason Moules : Je pense juste que c'est une tête de con !

 

Connor Fisher-Atack : Je n'aime pas ce qu'il dégage mais j'aime la musique des Smiths...

 

Jason Moules : Il a ruiné la musique des Smiths. Il est raciste, il est grossier, il est idiot, et il prétend n'être aucune de ces choses. J'ai de la peine pour lui.

Mais Johnny Marr...

 

Les deux en même temps : Mais Johnny Marr est une légende ! On est d’accord ! (rires)

 

Jason Moules : S’il est encore si bien à son âge, c’est parce que c’est un mec gentil. Et c'est pour ça que Morrissey, lui, il a des seins d'homme ! (rires) Johnny Marr est avec la même femme depuis le début des Smiths, il ne fait pas de la musique pour l'argent, l'ego ou pour se taper des filles. Il veut juste faire de la musique. Le nombre de gens avec qui il a joué, juste pour le plaisir.... Par exemple, il a rejoint un petit groupe de notre région, The Cribs. Ça en dit beaucoup sur le personnage.

Morrissey est millionnaire et n'a jamais pris le temps d'apprendre un instrument. Il n'écrit pas ses chansons, il paye les gens pour les écrire ! J'en suis sûr ! C'est comme Britney Spears. Mais avec des seins d'homme. (rires)

Heureusement que je n'écris pas pour The Sun ! Ce serait répété, amplifié, déformé...

 

Jason Moules : (Il rit) Je m’en fiche complètement ! Tout ce qui sort de la bouche de Morrissey, c'est de la merde. La façon dont il traite son propre groupe, la façon dont il traite ses propres fans.... Allez j'arrête (rires).

 

Vous avez quand même une paire de méga hits parmi vos chanson. Sunset Yellow, All My Love, All Good People… Vous savez comment attraper les mélodies....

 

Jason Moules : Merci beaucoup, ça fait extrêmement plaisir. Et on les écrit toutes nous-mêmes, parfois les gens sont surpris ! Tellement font semblant d’écrire leurs chansons aujourd'hui… Et en fait quand tu fouilles un peu, tu te rends compte qu'ils ne l'ont jamais fait.

Connor Fisher-Atack : On n'est pas des fraudes !

Jason Moules : (Il rit, prend une voix de pirate) On n'est pas des escrocs !

Le fait de venir d'une région où tellement de bons groupes sont nés ne vous met-il pas un peu de pression ?

 

Connor Fisher-Atack : il y a toujours de la pression, mais c’est une bonne pression. Parce qu’on veut toujours faire du mieux possible. Il y aura toujours un groupe qui sera meilleur que nous, mais c'est une sorte de compétition amicale.

 

Jason Moules : Morrissey vient du Nord, il met la barre, tellement bas ! On pourrait chier dans un micro, ça serait mieux (rires). Mais ouais, Def Leppard, Black Sabbath...

 

Connor Fisher-Atack : En fait, nan, ça enlève de la pression. Puisque ces mecs aussi sont passés par là où nous sommes, et rien ne nous empêchera de faire ça. Si on travaille dur, on pourra y arriver aussi.

 

Jason Moules : Si tu es vraiment bon dans quelque chose, même si tu te terres par timidité, les gens finiront par te découvrir. On veut être un groupe et faire de la musique. On ne fait pas ça pour se taper des filles ou pour se la raconter. 

 

Vous allez jouer à l'Oberkampf Music Festival le 17 mai. C'est la première fois que vous allez rencontrer votre public français ?

 

Connor Fisher-Atack : Oui, c'est notre toute première ! On a tellement hâte.

 

Jason Moules : L'hospitalité ici est incroyable. Donc j'imagine que ça doit être pareil en concert  ! On verra bien après la première chanson, si ça glisse ou pas. Même si on aime bien aussi se moquer des gens parfois. Mais on vous aime, ne le prenez pas mal ! Je pense que tout est drôle, et qu'on doit rire de tout, surtout de soi.

 

Qu’auriez vous envie de dire aux Parisiens pour qu’ils se déplacent ?

 

Jason Moules : Je suis incapable de parler français... (rires) Mais je leur dirais : "Venez avec un esprit ouvert, buvez cinq ou dix pintes, venez passer du bon temps, et rentrez avec quelqu'un après le show ! Ou même pendant le concert !" (rires) On n'a jamais joué à Paris, donc on ne sait pas à quoi s'attendre.

 

Les gens peuvent être un peu foufous, préparez-vous !

 

Connor Fisher-Atack : Cool, c'est ce qu'on veut ! Un jour, on jouait en Grèce, et on s'est fait jeter des canettes à la figure. On pensait tous que les mecs nous détestaient. Mais bizarrement, c'est une bonne chose, c'est un signe de respect ! À la fin ils nous ont dit : "C'est le meilleur concert de toute notre vie !" Bizarre ! (rires)

 

Je vous rassure on ne fait pas trop ça en France. Mais les gens vont peut-être vous demander de vous mettre "À poil !"...

 

Jason Moules : Après quelques pintes, je vais probablement le faire (rires).

 

Connor Fisher-Atack : Je joue déjà moitié nu alors ça ne me dérange pas. Mais je m'en fous de la manière dont vous montrez votre amour. L'amour c'est l'amour !

 

 

Oberkampf Music Festival : du 15 au 17 mai dans le 11e arrondissement à Paris. Trois jours de concerts gratuits organisés dans trois clubs du quartier. Plus d'information sur la page événement.

Allusinlove en concert le 17 mai au 1999. Premier album dispo le 7 juin 2019.

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