On y était : Hellfest 2019 

Dans le plus beau des enfers

Randy Blythe pendant le concert de Lamb of God, dimanche 23 juin. © Jessica Rat/80's Babies

Clara Lemaire

26 juin 2019

Pour sa 14e édition, le Hellfest n’a pas failli à sa réputation. Près de 180 000 festivaliers se sont retrouvés à Clisson pour la grand-messe annuelle du metal. En bonus cette année, les organisateurs proposaient également le Knotfest en amont de l’évènement, où Slipknot a fait son grand retour sur scène en France. Seul point noir au tableau, l’annulation à la toute dernière minute de Manowar, qui en a déçu plus d’un.

 

Le troisième week-end de juin fait figure de pèlerinage pour tous les amateurs de musiques extrêmes. Ils viennent des quatre coins du monde pour trois jours de furie où on ne les juge ni sur leur style vestimentaire, ni sur leur penchants musicaux diaboliques. Nom de code ? HELLFEST. Depuis 14 années, le festival de l’enfer secoue la petite ville de Clisson, assiégée par les t.shirts noirs.

 

Cette année ce sont Gojira, Kiss, Lamb of God, Slayer, Slash feat. Miles Kennedy, Lynyrd Skynyrd, Def Leppard ou bien encore Tool (en tête d’affiche du dernier soir) qu’ils sont venus voir. Un choix de clôture concevable vu que les fans attendent un nouvel album depuis 13 ans, mais qui a ennuyé une bonne partie du public, moyennement réceptif au metal progressif des Américains. Un peu dommage de finir sur une note en demi-teinte. Juste avant tout ça, le Knotfest avec les concerts de Rob Zombie, Papa Roach, Amon Amarth et bien sûr Slipknot, a été la parfaite mise en bouche.

 

Knotfest meets Hellfest

 

C’était une grande première pour le Hellfest : accueillir les copains de Slipknot et leur Knotfest le jeudi 20 juin. Une première européenne également, puisque le festival ne s’était exporté auparavant qu’à Bogota (Colombie), Chiba (Japon) et Toluca (Mexique) après trois éditions réussies aux Etats-Unis. Si notre coeur de midinette neo-metalleuse s’est précipitée devant Papa Roach et que le groupe masqué a fait le show (malgré quelques temps morts),  le meilleur live du Knotfest était probablement celui de Rob Zombie.

 

Avec ses dreads poussiéreuses et son maquillage coulant, Cummings semblait tout droit sorti d’un Mad Max. Habité, voire possédé par les riffs de John 5 (ex-guitariste de Marilyn Manson), il a offert ses meilleurs titres à une foule en transe : Meet The Creeper, Dragula, Living Dead Girl, More Human Than Human, sans oublier sa version unique d’Helter Skelter des Beatles qu’il chante habituellement en duo avec Manson. Qu’on se le dise, Rob Zombie est loin d’être mort !

© Jessica Rat/80's Babies

Pas d’au revoir pour Manowar

 

Programmé en tête d’affiche le vendredi 21 juin, Manowar avait promis un show gigantesque pour faire ses adieux à la France. Présent sur le site la veille, le groupe qui se targue d’être “le plus bruyant du monde” a préféré partir à la dernière minute, estimant que “les organisateurs du Hellfest (avaient) entravé (ses) efforts pour mettre en place le spectacle épique (qu’il avait) promis.” A la conférence de presse du Hellfest, Ben Barbaud a prôné la “langue de bois” en attendant que l’affaire soit réglée devant la justice et que la vérité éclate au grand jour. Malgré la déception, les fans sont restés philosophes. “C’est à quelle heure Manowar ?” pouvait-on entendre ça et là avant de voir les festivaliers se marrer. Autre annulation décevante, celle de Myrkur qui, enceinte, a préféré ne pas prendre le risque de jouer son set acoustique sous un chapiteau par 30 degrés.

La fin d’une ère

 

Outre Manowar, Kiss et Slayer avaient également choisi l’enfer du Hellfest pour donner leur tout dernier concert français. Le groupe de glam avait pour l’occasion sorti son plus beau maquillage pour un live endiablé où Paul Stanley, 67 ans, a traversé la foule en tyrolienne pour aller chanter Love Gun et I Was Made For Loving You sur une plateforme au milieu du pit.

Gene Simmons quant à lui, ne semble pas se lasser de cracher du sang et de tirer la langue. Lui aussi a donné de sa personne en s’envolant dans une soucoupe à dix mètres de hauteur sur le titre I Love It Loud. Un bon spectacle à l’américaine, qui a bluffé les différentes générations de rockeurs présentes ce soir-là. De leur côté, les Princes du thrash metal Slayer ont ému les fans avec un set enragé et carré jusqu’au bout des ongles. 40 ans de riffs malsains et brutaux qui se sont achevés en un feu d’artifices. Efficace, mais un poil attendu.

Le retour des Eagles of Death Metal

 

S’ils étaient nombreux à se retirer de scène, les Eagles of Death Metal ont quant à eux fait leur grand retour live en France, trois ans après leur concert à l’Olympia. Devenu persona non grata, banni de Rock en Seine puis du Cabaret Vert à cause de ses propos déplacés sur la sécurité du Bataclan, Jesse Hugues a timidement pointé le bout de son nez sur la Mainstage 2 samedi après-midi. Malgré la chaleur écrasante, la foule était bel et bien là pour accueillir le rockeur, ému de retrouver le public français. “Je vous aime. Je me sens chez moi. Vous ne nous avez pas laissé tombé”, a-t-il répété plusieurs fois, la main sur son badge Life For Paris. Il s’est ensuite offert un bain de foule de plusieurs minutes pendant Speaking In Tongues, offrant aux fans la possibilité de gratouiller sa guitare au passage. Un beau moment live.

© Jessica Rat/80's Babies

Nos highlights

 

Programmé vendredi 21 juin, Gojira a une fois de plus impressionné par sa technique, sa puissance et ses mélodies intenses, parfaitement calibrées de bout en bout. Autant de qualités difficilement cumulables sans devenir un brouhaha inqualifiable, et qui font de Gojira l’un des meilleurs groupes de metal français aujourd’hui. Une énorme claque en live, qui vous sera confirmée par n’importe quel fan du genre si vous avez passé ces vingt dernières années dans le coma.

 

En face de Slayer dimanche, les Suédois de Refused ont donné l’un des shows les plus viscéraux de la journée dans la Warzone. Tout droit sorti d’une pub pour Dior, classe au possible avec sa chemise entrouverte, son jean ceinturé et ses chaussures en cuir, Dennis Lyxzén est à nouveau sorti de lui-même pour envoyer ses brûlots punk hardcore avec un finish explosif sur New Noise.

Lamb of God également a envoyé la sauce sur la Mainstage à coup de riffs effrénés pendant une heure. Monté sur ressorts, Randy Blythe a fait courir les photographes d’un bout à l’autre de la scène, enchaînant les morceaux avec une énergie de dingue. Un show furieux et captivant qui a laissé le pit sur les rotules.

Autre temps fort, le set de Within TemptationSharon Den Adel n’a pas arrêté d’envoyer des pouces en l’air au public, déchaîné. Mais aussi Phil Anselmo, en solo sur le papier, qui a retourné le pit avec des reprises de Pantera - dont l’incontournable Walk, pour laquelle la moitié du public était clairement venu. Le chapiteau de la Valley était bondé pendant le set des stoners punks les plus cool de Californie, Fu Manchu, tout comme lors du set d’Uncle Acid and The Deadbeats qui a attiré les fans de doom psyché.

© Jessica Rat/80's Babies

Les devoirs à la maison

 

Et parce que le Hellfest c’est plus de 200 concerts sur trois jours et qu’on ne peut pas être partout à la fois (on a essayé), on vous liste quelques live qui nous ont tapé dans les oreilles mais où nous n’avons pu rester que quelques instants (avant de repartir vers de nouvelles aventures Hellfestiennes) :

 

  • The Fever 333, groupe californien qui a en live l’aura d’un nouveau Deftones meets Linkin Park

  • Nova Twins, puissantes comme les Rage Against The Machine, mais straight outta London

  • Kvelertak, un punk hardcore norvégien très heavy

  • Graveyard, du hard rock suédois influencé 70’s

  • Cancer Bats, du hardcore venu tout droit de Toronto, les Canadiens sont généralement bons en la matière !

  • Skàld, un tout jeune groupe de neofolk français influencé par la mythologie nordique avec des chants scaldes et des instruments anciens

 

Plus de photos du Hellfest :

© Jessica Rat/80's Babies

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