Interview : Concrete Knives se met à nu avec "Our Hearts"

©Solveig Robb

Clara Lemaire

9 juin 2018

Cinq ans après le carton de "Be Your Own King", Concrete Knives fait son grand retour avec "Our Hearts", un deuxième album plus contrasté mais toujours aussi dansant. Rencontre avec Morgane et Nicolas, à quelques heures de leur entrée sur scène à la Maroquinerie, le 6 juin dernier.

Vous avez mis 5 ans à produire ce deuxième album, pourquoi avoir attendu aussi longtemps ?  

Morgane : Ça nous prend du temps de faire un album tout simplement. On n’est pas des machines, on n’aime pas faire les choses sur commande ! (rires)

Nicolas : La règle de sortir un album tous les deux ans n’est pas vraie, en tout cas certainement pas pour nous.

Vous aviez peur d’être attendus au tournant après le succès de "Be Your Own King" ?

Nicolas : On s’est mis la pression tous seuls en fait. C’était un peu vertigineux. On avait peur de se mentir à nous-mêmes, c’était dur. Donc il a fallu accepter le soi, individuel et collectif, et ce n’est pas évident. Mais on n’avait pas peur dans le sens, "est-ce que ça va plaire ou pas ?". Si ça plaît tant mieux et si ça ne plaît pas, c’est comme ça. On ne fait pas de la musique que pour les gens, c’est stupide. On fait de la musique pour nous aussi. Si on kiffe, c’est le meilleur moyen que les gens aiment ce disque. Ce n’est pas égoïste de faire de la musique pour soi. Ce qui l'est, c'est de ne pas la partager.

Vous êtes partis trois ans en tournée, c’est très long… Vous êtes six dans le groupe, est-ce qu’on arrive encore à se supporter au bout de tout ça ?

Morgane : On en a un peu marre parfois, c’est évident. En plus dans Concrete Knives on a un peu des relations comme des frères et sœurs. Dans une fratrie on est tous plus ou moins différents, chacun a ses manies, ses rituels… Et forcément, y a un moment où tu prends ta sœur tu as envie de l’étrangler et la jeter par la fenêtre.

Nicolas : J’ai jamais fait ça moi.

Morgane : (rires) Ou de balancer son poste parce que la musique est trop forte ! C’est vrai que, quand on est sur la route tout le temps, il faut se supporter et ce n’est pas toujours facile. Mais on a des liens très très forts, qui sont difficilement destructibles.

On entend de nouvelles influences sur "Our Hearts", à la fois plus downtempo et plus indie rock. Des sonorités qui font écho à vos side-projets Faroe et Elecampane…

Nicolas : Nos groupes à côté ont influencé la musicalité de cet album en effet. Dans le côté technique de l’exécution aussi. On est plus à l’aise mais ça n’a pas forcément changé la création intrinsèque de la composition. Et puis, je dirais qu’on a grandi aussi. En même temps c’est irrémédiable, demain on sera un peu plus vieux, et malheureusement on n’y peut rien ! Au fur et à mesure de ça, l’oreille, nos sensations, la façon dont on fait les choses changent. Ce qu’on écoute aussi a évolué, donc ça se ressent.

L’album est toujours aussi dansant, on ressent bien la patte Concrete Knives, mais c’est comme si vous aviez réussi à canaliser votre énergie… Est-ce que vous êtes d’accord avec ça ?

Nicolas : Oui je suis complètement d’accord. Le premier album c’était plus un recueil des années fin lycée et de fac, c’était notre première expérience dans la musique. Là où tu joues très fort, très vite. Mais maintenant on ne peut plus le faire ni physiquement ni psychologiquement.

Des titres comme Tightrope ou Babies sont ultra 90’s, elles auraient pu plaire à des groupes comme Weezer ou les Pixies à la grande époque…

Nicolas : Tightrope c’était un morceau qu’on jouait à la base avec Elecampane. Mais oui il y a un côté Weezer avec un chorus très saturé… Avec Elecampane il y avait vraiment ce côté-là, revenir à des chansons classiques et à notre culture rock indé.

Morgane : Moi j’adore les 90’s !

Oui, donc vous vous êtes fait plaisir aussi. Vous êtes revenus à des choses plus personnelles. C’est un album plus intime en somme…

Nicolas : Ouais carrément, c’est beaucoup moins candide.

Morgane : Faut pas oublier qu’à notre concert aux Transmusicales j’avais un t-shirt In Utero. C’est comme ça ! On aime Nirvana, c'est tout (rires).

On sent également que vous avez voulu aller plus loin dans vos expérimentations…

Nicolas : Ce qui a été compliqué comme dans tous les albums de Concrete Knives, c’est d’arriver à concentrer toutes nos influences. Dès le début on a essayé d’aller chercher des choses à droite, à gauche. Sur cet album, je pense que c’est d’avantage souligné avec les tempos, les rythmes. Les prises de risques sont beaucoup plus fortes. On a pris vachement de temps à faire rentrer les choses dans les boîtes et à essayer de faire des choix. C’était compliqué, il y a eu de longues discussions. Des jours tu es mal luné, t’aimes pas le truc, et puis trois jours après tu vas l’aimer. Certaines choses sont évidentes pendant un an et puis après non….

 

Vous avez été tous d’accord sur la direction de l’album ?

Morgane : J’accueille les morceaux comme des cadeaux. Quand Nico arrive avec une proposition d’un morceau, je ne suis jamais fermée. Parfois ça arrive que je l’écoute la première fois et que je me dise "ouais, ouais tiens…". Mais en général au bout de quelques écoutes, il y a toujours un moment où je finis par l’adopter à 100%. Je considère que si un morceau est là c’est qu’il a une raison d’être là. Les morceaux c’est comme des humains pour moi (rires). C’est des personnes ! Donc je les accueille. Je ne vais pas dire "non, toi tu viens pas…." (rires).

Il y a des titres très mystiques, notamment Sometimes qui part dans des sphères quasi spectrales… Ou bien Gone, vraiment tripante. C’est surprenant de vous voir dans un registre aussi calme, mais en même temps ça reste très enivrant…

Morgane : Je bois très très peu, mais c’est vrai que sur scène je ressens une certaine ivresse. C’est l’effet que me fait notre musique.

D’ailleurs On the Pavement dure presque 7 min… Vous avez essayé de nous ensorceler ?

Nicolas : (rires) On The Pavement et The Quiet Ones sont deux morceaux qui ont été faits collectivement. Il y a cette première partie assez classique sur On The Pavement avec deux gros couplets, et puis le reste du titre s’est construit au fur et à mesure. On a longtemps hésité, on n’était pas sûrs de la mettre sur le disque. Et puis après on s’y est remis, on s’est dit que c’était dommage. Mais c’était cool, Adrien et Corentin ont fait un excellent travail dessus. Ils ont construit le truc de manière très technique avec Andreas le réalisateur du disque. Il y a un beau contraste.

Vous avez repris la tournée, comment ça se passe ?

Morgane : On a déjà fait une bonne trentaine de dates là, mais on a un rythme assez cool sur cette tournée. Il y a eu des bébés dans le groupe, donc on fait trois concerts, et on rentre un petit peu. J’apprécie pas mal, je trouve ça agréable.

Il faut dire qu’à trente ans on aime bien se poser un peu…

Nicolas : Ah c’est clair !

Morgane : Oui, au-delà de ça, quand tu fais plus de trois concerts par semaine, c’est là que tu commences à fatiguer et que tu peux potentiellement te faire mal.

En parlant de se faire mal, comment tu t’es retrouvé dans le plâtre Nicolas ?

Le football. J’étais en préparation à Tignes pour l’équipe de France (rires). J’ai un peu les boules, mais bon j’ai mon fauteuil roulant comme Dave Grohl. Je suis au top !

Crédits photos : ©Jessica Rat / 80's Babies

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