Arctic Monkeys : "Tranquility Base Hotel & Casino", un peu trop tranquille ?

© Domino Records / DR

Clara Lemaire

11 mai 2018

Il aura fallu cinq ans à Arctic Monkeys pour revenir sur le devant de la scène. Et quel retour ! Brillant pour certains, complètement à l’ouest pour les fans de la première heure en manque de riffs. Alors, que vaut ce dernier album des Monkeys ? On vous donne notre avis, en toute tranquillité.

 

D’abord un projet solo

 

Qu'on soit clairs, si les Arctic Monkeys ont mis autant de temps à se retrouver, c’est à cause du deuxième album de The Last Shadow Puppets, le side project d'Alex Turner, mené de main de maître avec son pote Miles Kane. Un disque dans la lignée du premier, très cinématographique, très beau, très bien produit, les fans étaient contents. Du Turner sans pour autant être du Arctic Monkeys, mais du Turner quand même, version pop sixties. Voilà qui vend du rêve. Mais ils étaient loin de s’imaginer à quel point cette aventure musicale allait influencer le chanteur avec son groupe d’origine.

Décontenancés par la tournure de l’écriture et de la direction musicale de ce sixième album studio, les autres membres d’Arctic Monkeys ont d’abord proposé à Alex Turner de le sortir en solo. Histoire de ne pas se prendre trop de jets de pierre par les fans en colère. Mais libérés de toute pression avec le succès mondial d’”AM”, ils ont finalement décidé de suivre le chanteur dans son (ego) trip.

De superbes mélodies ruinées par l’ego d’Alex Turner

 

Il n’y a pas à dire, les mélodies sont sublimes. Les arrangements aux petits oignons. Ni une ni deux, nous voilà transportés à l’époque de Serge Gainsbourg et de Jacques Dutronc, repris d'ailleurs par Last Shadow Puppets. Il y a de la soul et de la funk à la Curtis Mayfield. C’est sûr, tout l’album groove du début à la fin. Mais où est passée la simplicité d’Alex Turner ? Le petit gars de Sheffield s’est transformé en un crooner à l’eau de rose qui s’écoute chanter. La voix percutante s’est muée en une version ultra cheesy d’Elvis Presley. C’est l’indigestion.

Tout l’album est un concentré d’ego trip qui, si l’on n’est pas amoureux transi d’Alex Turner, lasse bien vite. “J’ai une conversation avec moi-même par intermittence tout au long des onze titres”, avait confié le chanteur à MOJO en avril dernier. “I never thought, not in a million year / That I'd meet so many Lola's” se plaint-il dans American Sports en faisant référence à ses nombreuses conquêtes passées, un peu trop profiteuses à son goût. Ou bien encore : “I just wanted to be one of The Strokes / Now look at the mess you made me make / Hitchhiking with a monogrammed suitcase”, explique-t-il dans Star Treatment. Pauvre petit Alex qui voulait faire partie des Strokes mais qui se retrouve à faire du stop avec un sac Louis Vuitton... Double indigestion.

 

Un virage osé

 

Alors, a-t-on vraiment encore envie d’entendre les Arctics Monkeys raconter leurs déboires dans les bars de Sheffield à l'âge de 30 ans ? La réponse est bien évidemment non. En ce sens, le virage “Tranquility Base Hotel & Casino” est plutôt réussi. On suit l’évolution d’Alex Turner, qui délaisse sa guitare et préfère s’installer au piano – chose qu’il n’avait jamais faite auparavant –  inspiré par ce que son père lui jouait étant gamin. “Ça m’a donné la possibilité d’aller là où j’avais du mal à aller avant et de faire plus largement comprendre comment je me sens”, a-t-il expliqué à MOJO. La petite chenille chétive s’est transformée en un beau papillon multicolore et rien que pour ça, ce nouvel album d’Arctic Monkeys vaut la peine d’être entendu. On ne vous garantit pas qu’il vous plaise, mais c’est l’intention qui compte comme on dit…

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